Blue Moon

Mes insomnies reprennent du poil de la bête.
La machine à café aussi. J’ai eu la bonne idée de me fracturer le coccyx il y a quatre semaines et cela va de mal en pis. Tout cela à cause d’un travail ingrat. Je me suis littéralement casser le cul. Icare, mon chat, ou plutôt le chat de mon compagnon depuis trois années désormais, mais que je considère comme le mien tant il m’a offert sa confiance et son affection ces derniers mois ne cesse de réclamer caresses, grattouilles et câlins. Je ne suis pas étonnée de la nette amélioration de notre relation, lui qui me griffait, mordait ou me cracher dessus il fût un temps. Il a compris que j’étais un être nocturne comme lui et que moi aussi je pouvais apprécier le mystère de la nuit. Icare et ses grands yeux verts m’offre sa compagnie, couvre le silence par ses ronrons, et je m’en réjouis. Certes, je n’aime guère laisser mon compagnon (Justin) terminer sa nuit seul. Mais j’aime encore moins ruminer dans des draps trop chauds à me laisser envahir par les vertiges.

The Killing Moon est la première chanson qui démarre dans ma playlist. Un sourire jaune se dessine dans ma tête. « La lune tueuse, à qui le dites-vous… » Et puis, je me souviens de ces nombreuses nuits blanches qui faisaient partie de mon quotidien de mes quinze ans à mes vingt ans. Cette même chanson a défilé tout au long de ces années. J’écrivais dans un blog qui était actif à n’importe quelle heure. Ainsi, je n’étais jamais seule. Il pouvait être 04h ou 05h du matin, Laure, Haime, Malou, Alex, Lætitia, mes chauves souris bloguesques étaient présentes, des véritables psychotropes virtuels. Elles aussi, mettaient à jour leurs articles tandis que Morphée s’était fait la malle. Je suis ravie de constater qu’aujourd’hui, elles sont toutes dans mes contacts. Dont deux que j’ai pu rencontrer dans la « vraie vie ». Le lien n’est peut-être pas le même qu’autrefois, mais je les aiment toujours comme ces étoiles qui ont fait briller mes nuits. Je ne les oublient pas. Oui, souvent, je pense à elles, et j’espère qu’elles ont parfois une petite pensée pour moi aussi. Parce que c’était une belle « époque ». Bien que virtuel, cela semblait si réel, comme un semblant de vie partagé, comme si ces souvenirs étaient bien plus encrés dans la réalité qu’à travers une connexion Internet.

Ces pensées me ramène à cette chambre étouffante chez mes parents. A Saint Georges de La Rivière.Un véritable cocon, mais une bulle empoisonnée de cauchemars, souffrances et divers maux que je suis bien heureuse d’avoir quitté. En effet, dans ma « jeunesse », parce que oui, il serait ridicule de parler comme une « vieille » à 25 ans. J’avais le don de cumuler les excursions nocturnes Parisiennes et à ramener mon sac, mon gros lot d’immondices vécus là-bas dans cette chambre, qui lorsque je l’ai vu se faire arracher de tous ses posters et repeindre en blanc pour le prochain locataire m’a paru être une délivrance inouïe. J’y étais si malade, mentalement, physiquement. Elle respirait la nostalgie, la présence de personnes qui avaient trop compté et qui avaient tout saccagé.

Oui… Je perçois encore dans ma mémoire, ce petit coin où j’y passais mes matins, mes jours et mes nuits. Ce bureau en chêne hérité d’un oncle paternel où trônait un ordinateur qui faisait également office de radiateur tant il était constamment sollicité. Au dessus de ma tête, un velux qui laissait voir les étoiles, la lune – blue moon – et le phare lointain de Barneville Carteret. En dessous, se trouvait une malle en osier oû dépassait corsets en vynil, Deadlygirlz, Boots Démonias, falls, dreads, et chemisiers noirs en dentelle. De mes tiroirs, c’étaient les lettres qui dépassaient. Je les aient encore. Elles se comptent par milliers. Et elles viennent toutes « d’ici ». (Internet)

Qu’est ce que j’ai pu y écrire dans ce petit coin là. Qu’est ce que j’ai pu y passer du temps. Et en perdre aussi… Lorsque mon grand frère partait au travail à 03h du matin, je l’entendais, dépité, dans le couloir, de me savoir éveillée et toujours connectée… J’étais, aux yeux de toute la famille, perçue comme une loque, une « sans vie », une gamine complétement lobotomisée, déconnectée de la réalité. Et en effet, je l’étais. Ma phobie scolaire a accentué les choses. J’avais besoin de m’échapper. J’avais besoin de compagnie, d’évasion, d’un cocon bien chaud où la magie opérerait. J’ai parfois honte lorsque je replonge dans ce passé. Mais je ne regrette rien. Il a fait ce que je suis devenue. Et il m’a beaucoup apporté aussi sombre fût t-il. Et surtout aussi cloitrée, recluse que je pouvais être. Les rares fois où j’ai pu mettre un pied dehors, je m’en souviens encore aujourd’hui tant j’ai pu ressentir des émotions très fortes, rencontré des personnes avec qui j’ai vécu des liens particuliers, partagé des souvenirs inoubliables ou indicibles. Étrangement, dans la chambre suivante, à Saint Jacques de Néhou, j’ai vécu des choses biens désagréables, presque similaires, voire pires. Mais c’est comme si ces murs se purifiaient à un moment donné. Comme si tout disparaissait. Était-ce parce qu’ils étaient construits par Papa ? L’atmosphère naturellement sereine ? Ou avais-je tout simplement appris à me détacher plus facilement des choses ? A me connecter un peu plus à la réalité ? Car il est vrai, que le monde extérieur m’a ouvert ses bras, bien plus que là-bas. Une chose est sûre, j’ai vécu tout cela différemment et moins péniblement. Cette pièce me rassurait. Et encore aujourd’hui, elle me console lorsque j’y dort certains week ends. Encore plus, depuis que Lunore en a profité pour y chasser toutes les mauvaises ondes, lors de son passage en Octobre 2015.

Aujourd’hui, mon petit coin est tranquille. Plus épuré. Un petit arbuste à l’allure fier, trône aux côtés d’une lampe tamisée dessinant des feuillages sur les murs blancs. ===> Tandis qu’autrefois, dans la fameuse chambre maudite-étouffante de Saint Georges de la rivière, se trouvait une lampe rouge-corset laissant deviner tout un tas de posters de Marilyn Manson et des photographies de modèles gothiques ainsi que des billets de concerts.

Une tasse est vide de son café. ===> autrefois, elle était de chocolat. Où des cadavres de Candy Up un peu partout.

Des biscuits attendent que je leur fasse la fête. ===> Cela a toujours été…

Un tas de petites enveloppes colorées qui attendent d’être envoyées pour mon fameux projet We Can Be Heroes sont entreposées sur un livre de photographie culturel. ===> Autrefois c’était des correspondances en retard et des livres du Cned presque jamais ouverts…

Un bloc note où figure une liste nauséeuse de papiers administratifs et de choses à faire.

Une étagère en bois, encore emballée qui n’attend qu’à être monté longe le côté gauche du bureau. ===> Autrefois, je n’avais guère à me soucier de l’emplacement du papier-toilette…

Une petite trousse que mon compagnon a fièrement trouvé où dépasse mes stylos de toutes les couleurs. ===> Cela a toujours été aussi. Une femme-enfant aime les couleurs.

Des papiers de banque, RSI, factures et compagnie… ===> Je n’avais pas de papiers importants à gérer. Si ce n’est des envois de devoirs au CNED.

Un post it gracieux « suce-moi la bite » et cela vaut tout l’or du monde, souvent, les couples s’écrivent des mots nians nians, nous on fait dans l’immaturité et la connerie…

Un vernis à ongle bleu ciel HD, un mètre à rubans et enfin notre fameux carnet orange secret…

Oh et d’un point de vue temporel… Mon Lumia 640XL… ===> Autrefois, un Samsung C270… J’écrivais sur un Packard Bell 5005D qui avait neuf ans de loyaux services. Aujourd’hui, un Pc sur mesure dernier cri. J’écrivais sur Skyblog où il fallait attendre quelques heures pour voir la publication d’un article ou d’un commentaire. Aujourd’hui, sur WordPress avec un compte OVH. Je jouais sur la première Xbox et aux Sims. Aujourd’hui sur la dernière Playstation et sur Steam. C’est fou comme le temps et la technologie s’écoule à une vitesse vertigineuse… Comme tout peut évoluer. Que ce soit les biens matériels, les chose de la vie ou la personnalité. J’étais étudiante au CNED, puis après avoir vaincu la phobie, étudiante en Littérature, désormais je suis photographe artisan. Bon ok, si on parle de point de vue temporel, il y a bien plus marquant. Comme la Nintendo Pikachu dont j’aimais voir les joues s’allumer, où les Urbz sur GameCube. Et les premières connexions Internet où le téléphone ne pouvait pas fonctionner en même temps… Mais là, n’est pas le sujet. Je parle d’une dimension « de l’ado à l’adulte » et non de l’enfance à maintenant.

Aujourd’hui, je paie un loyer au dessus de mes moyens, à 25mns de Caen, parce que la princesse que je suis ne veut pas vivre dans moins de 115 m2. A qui la faute ? Au papa qui a construit de ses mains un petit château, plus qu’une maison. Depuis l’enfance, on s’habitue forcément au confort et à l’espace. Plus confiné, et je déprime. J’ai testé. Je n’ai pas de cuillère en argent dans la bouche, en revanche je tente d’en cracher tant bien que mal pour vivre dans mon spacieux appartement. J’ai un beau brun dans mon lit qui m’a cuisiné une quiche aux petits pois la veille, un chat, un chien, le dernier album de Echo & The Bunnymen en fond sonore et ma fidèle Insomnie. Malgré mon connard de coccyx qu’a été assez con pour se cogner contre une robinetterie de douche et qu’il me fait diablement souffrir. Je vais bien. Je vais bien et je suis heureuse. Je crois. Et vous ? Et puis c’est quoi le bonheur ? Est-ce que, se considérer heureuse veut forcément dire qu’on connait le bonheur ? C’est un mot si grand. Je comprends mieux pourquoi on se pose tous la question. Et si on arrêtait de chercher des sens véritables à tout et n’importe-quoi ? Et puis quelle heure est-t-il tient ? Pourquoi j’écris déjà ?

Il est 07h du matin, je suis debout depuis 04h. Et je me rends compte que j’ai passé mon temps à écrire cette futilité plutôt qu’à rattraper mon retard dans la photographie. Je ne sais pas trop où je voulais en venir en écrivant tout cela ni d’où vient cette procrastination. Je m’inquiète de cette lassitude, ces derniers temps, elle n’est pas que passagère… Est-ce un burn out ? Le fait d’avoir cumulé l’artisanat avec plusieurs contrats à la semaine ? Ou tout simplement l’angoisse ? L’angoisse de mal faire ? Ou est-ce parce qu’il y a une foule de choses urgentes à effectuer ? We Can Be Heroes… Ces 93 € de timbres que je ne peux pas encore financer pour l’envoi des lettres. Je me rends compte que j’ai sous estimé les frais et me demande si je ne vais pas devoir lancer une deuxième collecte… Mon découvert. Mes rendez-vous… Je me laisse submerger et j’angoisse terriblement. Mais je crois que je tient le bon bout. Mes contrats viennent de se terminer. Je vais enfin pouvoir consacrer mon temps à tout ce qui doit en avoir.

J’entends les pas éléphantesques du voisin du dessus. Ça y’est, le monde se lève. Et ça casse tout…

Et si je m’arrêtais là ? Oui… Assez parlé.